Tout au long de la semaine qui se termine sous peu, on a vu quels résultats désastreux peuvent entraîner des nominations à de hautes fonctions publiques par le pouvoir politique, sur des motifs purement partisans. Ceux qui pensaient que cet enjeu appartenait au passé ont été bien déçus, car ce ne sont pas les cas qui ont manqué. Et dans chacun de ces cas, c’est vous et moi, contribuables honnêtes, qui payons dans le vide.
Le premier cas est tout ce qu’il y a de plus pitoyable et nous est apparu grâce au Vérificateur-général, qui nous a révélé que les hauts dirigeants de la SIQ (Société immobilière du Québec) se payaient du bon temps aux frais de l’État. Pour les quatre vice-présidents et le Président de l’organisme public, les frais de remboursement se sont élevés à près de 300 000$ en deux ans. Le verdict du Président démissionnaire, Marc-A Fortier, est encore plus aberrant : 110 000$ en frais de remboursement en deux ans, et 21 000$ en dépenses de golf la fin de semaine et l’été!! Le « hasard » veut que ce M. Fortier ait contribué en 2003 à la hauteur de 2400$ à la caisse du parti libéral ; en novembre de cette même année, il devient le PDG de la SIQ, nommé là par Monique Jérôme-Forget!
Le second cas de cette semaine est celui du délégué général du Québec à New York, Bruno Fortier, un ami de longue date du premier ministre Jean Charest qui a longtemps travaillé pour la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay. Il a été congédié pour sa « gestion chaotique et contestée » et une « mésentente en M. Fortier et le ministère sur la façon de gérer la délégation », cela après seulement 9 mois en poste! Et sa récompense pour son travail lamentable : 39 000$ en indemnité de départ, rien de moins!!!
Mais cette histoire cache quelque chose de bien plus grave encore, car le MRI (Ministère des Relations internationales) a rapatrié d’urgence M. Fortier, l’interdisant d’aller chercher ses effets personnels à New York, qu’on lui a envoyé par FedEx. Jamais on n’a vu de renvoi aussi brutal et une telle situation de crise pour une simple divergence d’opinion! Qu’est-ce que le délégué général a-t-il bien pu faire de grave pour qu’on l’empêche de retraverser la frontière?
Ces exemples nous montrent parfaitement les dangers des nominations partisanes faites par le pouvoir politique de façon à placer ses amis plutôt que des gens vraiment compétents. Malheureusement, cette culture est toujours bien ancrée dans les pratiques politiques et ce n’est pas sous les Libéraux que ça risque de changer. On en veut aussi pour preuve la nomination de l’ex-ministre de la Famille Carole Théberge en tant que vice-présidente de la CSST ou la nomination de l’ex-ministre des Transports Michel Després en tant que Président de la Commission des normes du travail. D’ailleurs, je vous suggère ce lien, où sont répertoriées toutes les nominations du Conseil des ministres : http://www.premier-ministre.gouv.qc.ca/salle-de-presse/nominations/index.shtml
Comme on tend à me critiquer un peu ces temps-ci, je répondrai tout de suite à une critique facile qui serait la suivante : « Oui, mais l’ADQ ne ferait pas différemment si elle prenait le pouvoir! »
Ma réponse : Peut-être bien, quoiqu’elle s’est toujours objectée à ces pratiques, en faisant une proposition politique à quelques reprises. Mais si l’ADQ en venait à faire des nominations purement partisanes, je le dénoncerais avec autant de force, car ce ne serait pas plus acceptable. La compétence doit toujours primer sur la partisannerie.
2 responses so far ↓
Emmanuel // mars 22, 2008 at 2:57
Personnellement je doute qu’un jour il n’y ai plus de nominations partisanes…C’est peut-être cynique de ma part mais je ne crois pas à une gouvernance totalement dépourvue de la chose.
Gérald // mars 22, 2008 at 6:27
Je suis surpris qu’on soit surpris.
De tout temps, une règle non-écrite veut que les partisans d’un parti politique, fussent-ils d’ici ou d’ailleurs, doivent voir leurs efforts être récompensés après avoir donné usuellement énormément de leur temps et de leur énergie pour la cause. Et quand ces efforts ont fait en sorte qu’ils ne sont pas choisis, malgré des efforts connus lors d’une campagne électorale, il est reconnu que le parti veillera à ne pas les oublier.
Les républicains américains, les démocrates, les UMP français (et j’en passe) mettent à des postes clés des gens qu’ils connaissent et en qui ils ont confiance.
C’est tout à fait dans l’ordre des choses. Ce qui est troublant dans le cas du délégué général congédié, c’est qu’il ait à ce point foutu le bordel chez les employés à New-York que même son ami de toujours n’a pu le sauver. Pourtant, M. Fortier travaillait déjà à l’intérieur de la délégation.
Quant à l’affirmation voulant que la compétence doive primer sur la partisannerie, il y a des évidences sur lesquelles il est, me semble, facile de s’entendre….
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